Par Raphael
10 janvier 2018 · Lecture de 7 min

Obsolescence Programmée et Electroménager, Mythe ou Réalité?


LM Carrelages Sàrl

Vous l’avez sans doute déjà expérimentée, la panne du lave-vaisselle ou du lave-linge qui vous lâche de manière prématurée.

La raison ?

Vous avez sans doute été victime de ce qu’on appelle l’obsolescence programmée ou planifiée.

Mythe ou réalité ?

Nous vous proposons d’apprendre l’essentiel sur ce sujet qui anime les débats depuis bien trop longtemps déjà.

L’obsolescence programmée, c’est quoi ?

Il s’agit d’une stratégie supposée des grands fabricants consistant à planifier la mort prématurée de leurs produits. L’objectif étant de contraindre les consommateurs à changer plus souvent leurs appareils et donc à en acheter davantage.

Le phénomène n’est évidemment pas seulement présent dans le secteur de l’électroménager puisque les téléphones portables, les ordinateurs et les imprimantes sont également régulièrement pointés du doigt.

Mais qu’en est-il vraiment ?

Mythe ou réalité ? Jugez par vous-même

Mais au final, l’obsolescence programmée ne serait-elle pas un fantasme créé pour taper une fois de plus sur les grandes entreprises ? Un chapitre de plus de la théorie du complot ?

Pour le savoir, coupons court aux préjugés et à l’opinion commune selon laquelle la durée de vie de nos appareils ne cesse de se raccourcir, et cherchons des éléments tangibles afin de tirer au clair cette histoire.

Tout commence à Genève en 1924 où Pheobus SA, cartel des fabricants d’ampoules à incandescence voit le jour.

Cet oligopole était notamment composé de grandes marques telles que Philips, Osram et General Electric et son objectif public était de contrôler la fabrication et la vente des lampes à incandescence.

Mais on découvrit plus tard le but réel de ce cartel, qui était avant tout de limiter la durée de vie des ampoules à 1'000 heures afin d’en vendre plus souvent.

Les sociétés membres produisant des lampes affichant une durée de vie supérieure devaient s’acquitter d’une amende auprès du cartel. L’organisation allait même jusqu’à prétendre publiquement qu’une durée de vie plus longue ne pourrait être obtenue qu’au détriment de l’efficacité.

La méthode ne date donc pas d’hier.

Aujourd’hui, les fabricants de produits électroniques prennent plus de précautions et il est difficile d’obtenir une preuve tangible de l’intention des marques à limiter volontairement la durée de vie des appareils.

On trouve tout au plus certains indices troublant tendant à faire penser que les appareils ont été délibérément configurés pour ne pas durer.

On devrait donc plutôt parler d’obsolescence « organisée ».

Les stratégies supposées des marques

Les stratégies des marques sont diverses et ont comme point commun de créer chez le consommateur le besoin de remplacer leur appareil par un nouveau. On les classe généralement en deux catégories :

Obsolescence technique

Il existe divers moyens de provoquer la mort prématurée d’un appareil.

Le fantasme voudrait que les fabricants placent volontairement des puces afin de programmer l’arrêt des appareils au bout d’un certain temps.

Mais le procédé est en réalité bien plus subtile.

Les marques utilisent par exemple certains composants low cost de moins bonne qualité dont la défaillance causera la panne de la machine.

L’exemple typique est le cas des condensateurs dans les téléviseurs. Il n’est pas rare que les fabricants de téléviseurs insèrent des condensateurs de mauvaise qualité dans leurs produits, et les placent près des dissipateurs à chaleur alors que les condensateurs sont connus pour mal supporter le chaud.

Les composants finissent par gonfler et casser. Une autre stratégie consiste à rendre les produits irréparables ou trop chers à réparer pour que cela en vaille la peine.

Comment ?

Par exemple en concevant des pièces spéciales ne pouvant pas être remplacées par des composants classiques, et en ne produisant pas de pièces de rechange.

La plupart des lave-linge présentent de nos jours des cuves en plastique à roulements sertis.

Or les roulements à billes s’usent relativement vite. Etant donné que les roulements à billes sont directement moulés dans la cuve, il est nécessaire de changer toute la cuve lorsque ces derniers lâchent.

Et comme il est relativement onéreux de remplacer la cuve, il vaut généralement mieux acheter une machine neuve ! Les industriels et les vendeurs ont tout intérêt à rendre la réparation chère pour que le consommateur rachète un autre appareil.

D’ailleurs il arrive que les SAV des grandes marques vous disent que votre machine est irréparable alors qu’elle pourrait être sauvée sans engager des frais exhorbitants.

Selon une étude de l’ADEME, le consommateur est d’accord de payer pour une réparation si le prix de la réparation est inférieur au tiers du prix du neuf.

En-dessous de ce seuil, les statistiques montrent que la réparation est systématique. Entre 33% et 50% du neuf, seuls 10% des personnes acceptent la réparation et au-delà de 50% du neuf, quasiment personne n’opte pour la réparation.

Obsolescence psychologique

Il s’agit de toutes les méthodes incitant le propriétaire d’un bien à s’en séparer avant même qu’il soit hors d’usage.

Les marques peuvent par exemple inciter les consommateurs à changer leurs appareils en jouant sur les effets de mode.

Nombreux sont en effet ceux qui souhaitent disposer d’un appareil dernier cri, quand bien même leur appareil précédent était encore parfaitement fonctionnel.

Les fabricants jouent également depuis quelques années sur l’efficience énergétique. Ils invitent en effet subtilement les consommateurs à changer d’appareil au nom de l’écologie.

Qui ne se sentirait en effet pas mal en parcourant des rayons peuplés d’appareils estampillés A+ sachant que son propre frigo présente probablement un bilan énergétique bien moins reluisant ?

Oui mais voilà, au nom de l’efficacité énergétique on peut être amené à changer trop souvent d’appareil, et à remplir les sites d’enfouissement.

Au final le bilan environnemental d’un changement de machine n’est donc pas forcément positif ! Le débat est complexe. Une étude québécoise a démontré qu’au cours des cinq dernières années, deux millions de québécois sur huit ont renouvelé au moins l’un de leurs appareils électroménagers, dont la moitié dans le but d’acheter des appareils plus économes en énergie et en eau.

Cela peut donner une bonne indication de l’ampleur du phénomène.

Certains diront que les marques n’ont pas intérêt à programmer la fin de vie de leurs produits étant donné qu’une panne prématurée risque de décevoir leurs clients.

Certes, un consommateur risque d’être fâché après une expérience d’obsolescence programmée et souhaitera probablement changer de marque.

Mais si toutes les marques opèrent de la même manière, elles finissent par toutes y gagner. Une marque ne vendra en effet probablement pas un nouveau produit à un client déçu mais vendra à un autre client déçu d’une autre marque !

Il y a donc un tournus dont profitent tous les fabricants et revendeurs. Il est évidemment difficile d’apporter une preuve de cette pratique.

L’effet sur l’environnement

Vous vous en doutez, nos habitudes d’avides consommateurs causent de sérieux dégâts à notre planète.

Certes le changement fréquent de nos appareils produit de grandes quantités de déchets, mais nos habitudes incitent surtout les fabricants à produire de plus en plus de produits pour satisfaire notre appétit.

Or c’est justement le processus de fabrication qui cause le plus de pollution et qui consomme le plus de ressources, bien que l’énergie requise pour le recyclage ne soit pas négligeable.

L’avis des grandes marques

Comme vous vous y attendez sans doute, les grandes marques de produits électroménagers nient l’existence de l’obsolescence programmée. Certaines d’entre elles s’appuient notamment sur une étude du GIFAM, selon laquelle la durée de vie des appareils électroménagers aurait à peine baissé depuis 30 ans.

Oui mais voilà, le GIFAM est une Fédération défendant les intérêts des grands fabricants d’appareils ménagers tels que Brandt, Bosch, Siemens, Candy, LG ou encore Samsung.

Cette étude ne peut donc pas être considérée comme indépendante et sa pertinence est très contestée.

Conclusion

Chacun reste libre de se forger son avis sur la question. Comme souvent, il est à notre sens pertinent d’aborder la question sous l’angle des intérêts des divers acteurs de l’industrie de l’électroménager. Pour les fabricants et les distributeurs, l’objectif est évidemment de maximiser les profits.

On constate rapidement que les fabricants ne sont pas incités à produire des appareils présentant une très longue durée de vie car cela réduirait le nombre d’appareils vendus.

Quoi qu'il sen soit, pensez à faire réparer vos appareils lors des prochaines pannes que vous rencontrerez. En faisan appel à des réparateurs indépendants, il est souvent possible de relancer la machine pour plusieurs années, et ce à des prix tout à fait raisonnables.


Par Raphael
Co-fondateur de Buildigo.ch